Réglons quelques comptes (mais sans rancune).

Le temps des vacances est un temps de fête, de détente et de convivialité. D'autant plus, pour moi, lorsqu'il s'agit de vacances sur l'eau que ce soit en mer ou en eau douce.

Malheureusement il y a toujours, presque toujours, des gens pour assombrir quelques instants ces heures de quasi-paradis. Bêtise, jalousie, envie d'exercer un pouvoir illégitime, je ne sais pas mais cela me contrarie et je vais ici régler quelques comptes.

Je ne peux pas prétendre que l'eau douce est MON domaine sous le prétexte que je navigue depuis mon plus jeune âge soit maintenant cinquante ans, mais mon expérience me permet quand même de porter un avis sur le comportement des gens et mes facultés personnelles à respecter les usages dans ce milieu.

Voyons avec les pêcheurs.

Les pêcheurs sont omniprésents sur les berges des rivières et canaux français quel que soit le jour, l'heure, l'état de la météo, même la nuit, sous la tente lorsqu'ils y guettent la carpe.

 

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Au fil de l'eau, à la rencontre d'un pêcheur il est d'usage de ralentir, de serrer la rive opposée à son lieu de pêche et de faire un salut (qui n'est pas toujours récompensé par une réponse).

Serrer une rive se fait avec précaution car si le chenal garantit une bonne sécurité pour l'embarcation, les rives comportent des branches immergées, des ouvrages effondrés, autant de dangers pour l'hélice et le safran, pire encore lorsque votre bateau est équipé d'un POD (*).

Après avoir dépassé la zone de pêche il est possible de remettre doucement les gaz pour reprendre votre route. Tout cela se passe en général bien et en bonne harmonie entre les utilisateurs du canal que sont les bateaux et les pêcheurs.

Mais parfois cela ne va pas si bien et il m'est arrivé cette semaine de rencontrer de sacrés malotrus.

Nous étions à l'approche d'une légère courbe à la sortie de laquelle je distinguais des gaules, dans cette configuration les pêcheurs ne pouvaient pas me voir mais moi, je voyais leur matériel au milieu du chenal. J'ai donc ralenti et donné un petit coup de corne.

Ont-ils pensé que je leur signifiais de "dégager", je ne sais pas, toujours est-il que les gaules, au lieu de reculer un peu, ont avancé plus loin dans le chenal.

Mieux, lorsque nous sommes passés à la hauteur des pêcheurs, tout près de leur matériel bien que serrant au maximum la rive ils nous ont fait signe de ralentir. Mes équipiers leur ont alors indiqué que nous avions déjà ralenti et comme les manifestations continuaient, agrémentées des quelques commentaires déplaisants, j'ai remis doucement les gaz pour leur prouver que notre vitesse était loin de l'allure normale de notre bateau.

Ce fut alors une bordée d'insultes allant d'abruti à connard qui m'a fait regretter ultérieurement de ne pas avoir manœuvré pour revenir à leur hauteur et leur expliquer mon point de vue ce que je vais faire ici :

 

2015 05 Bourgogne (1922)1) Ils n'ont aucune autorité pour me donner des consignes de navigation, je pratique le canal depuis aussi longtemps qu'eux voire beaucoup plus pour les plus jeunes d'entre eux.

2) Ils n'ont aucun moyen d'évaluer l'allure de mon bateau ce qui ne leur permet pas de juger de ma conduite. J'aimerais d'ailleurs bien voir leur comportement lorsqu'une péniche de 38 mètres passe. J'imagine qu'ils replient vite fait et ferment leurs grandes gueules.

3) Contrairement à la rivière, le canal n'est pas un don du ciel pour les pêcheurs, c'est un ouvrage fait et entretenu pour les bateaux. Pas de bateaux, pas de canal. Cela devrait leur faire un peu réviser leur approche du milieu.

4) Enfin si les bateaux de plaisance les dérangent il faut quand même qu'ils réalisent que c'est pour ces derniers que les canaux sont encore entretenus aujourd'hui, les berges où ils s'installent dégagées, les eaux régulées. Pas de plaisance, plus de canal. Plus de canal, plus de pêche.

Heureusement ce genre d'incident est très rare mais, ces vérités sont parfois bonnes à rappeler.

Voyons avec les éclusiers.

 

2015 05 Bourgogne (1590)Là encore il faut bien comprendre que la grande majorité des éclusiers constitue un corps attaché au canal et attaché au bon fonctionnement de ce dernier. Ils sont attentifs au confort et à la sécurité des plaisanciers dont ils ont bien compris que sans plaisance il n'y aurait plus de travail.

Rappelons que dans les années 60 les canaux français étaient presque tous à l'abandon et en passe d'être fermés à la navigation. Ils ont alors été classés "monument historique" dans leur globalité et partiellement (**) réhabilités pour la plaisance.

Il reste malgré tout dans le monde des éclusiers un parfum de "service public", l'heure c'est l'heure et le chef a toujours tort, pas assez de moyens. Combien de fois ai-je pu entendre "les départs en retraite ne sont pas remplacés alors vous comprenez, on a chacun 2 ou 3 écluses à faire cela induit des attentes".

C'est vrai qu'autrefois, il y a quand même très longtemps car lorsque j'ai fait pour la première fois le Nivernais en 1988 ce n'était déjà plus le cas, il y avait une écluse, une maison, un(e) éclusier(e).

Mon bon Monsieur, c'est pareil dans le privé, il faut faire plus avec moins. Bref, nous nous sommes trouvés à deux reprises dans des situations ubuesques.

La première fois, nous étions à la hauteur de l'écluse de St Florentin (canal de Bourgogne) à 16h voulant déposer nos amis à Migennes afin qu'ils puissent reprendre leur voiture pour rentrer à Paris. Il aurait été déplaisant qu'ils aient à prendre un taxi pour quelques kilomètres parce que nous n'aurions pas atteint la base.

Un parcours de 18km avec 15 écluses sachant qu'en descendant, les sas se passent assez vite, environ 10 minutes.

Indiquant notre objectif à l'éclusier, il nous répond qu'il faut 4 heures pour Migennes (ce qui nous faisait arriver à 20h) et il nous rappelle que les écluses ferment à 19h.

Comme nous venions d'attendre une demi-heure pour le passage j'ai répondu sans réfléchir que si nous attendions demi-heure à chaque fois, c'est sûr que ça prendrait 4 heures. Moi j'avais calculé 3 heures.

Finalement, c'est bien de se montrer de temps en temps car au cours de notre descente, tous les sas étaient prêts, et nous avons mis 2h55 pour atteindre Migennes.

Cette après midi là il n'y avait que deux bateaux sur la section, un à la monté et un à la descente (nous). Les éclusiers ont fait leur travail et tout le monde était content.

La seconde fois, nous repartions de Migennes après avoir déposé nos amis et attendions depuis une demi-heure (encore!) dans le sas qui était ouvert ce qui nous semblait de bonne augure.

Il faut savoir que cette écluse, "Cheny" (113) était la clef de tout le canal car la 114 qui donne accès à l'Yonne était fermée pour cause de crue sur l'yonne. S'il fallait quelqu'un c'était bien à cet endroit, la 114, et pas ailleurs.

Et bien non, personne. Nous avons du appeler la base pour qu'il prévienne car le panneau comportant les numéros de téléphone à appeler n'était pas apposé sur l'endroit prévu à cet effet. De toutes les façons nous avions déjà tenté ces numéros affichés à une autre écluse, l'un n'était plus attribué, l'autre était sur messagerie.

 

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Un jeune plutôt aimable est arrivé et nous a expliqué qu'il était à la 113 pour faire je ne sais quoi. Consigne du chef ...

Ensuite tout s'est bien passé, la mécanique était enclenchée. Ce qui m'a fait dire avec un peu de méchanceté, "un bateau ça va mais deux bateaux et le système sera saturé" !

Comment font-ils lorsqu'il faut passer 15 à 30 bateaux par jour en saison ? Et bien justement nous en avons discuté avec les éclusiers qui nous ont expliqué qu'il y avait parfois 1 heure d'attente voire plus.

Attendre parce qu'il y a beaucoup de bateaux devant moi, je le comprends et l'admets parfaitement. Sas après sas, une écluse à un débit limité. Mais attendre parce qu'il n'y a personne à l'écluse et que le système est mal géré, je ne peux pas l'admettre facilement.

VNF doit comprendre que la plaisance est aujourd'hui sa seule raison d'exister sur ces canaux qui ne sont plus utilisés par les bateaux de commerce. Que ce ne sont pas les quelques exploitants de péniches hôtel qui les feront vivre. Que le fonctionnement des canaux est financé par l'impôt et par les taxes payées par les bateaux de plaisance.

Ce qui nous est souvent répété est : "ils sont en vacances, ils peuvent attendre un peu". Alors là non ! Trois fois non !

Cette remarque est du même ridicule que lorsqu'un camionneur vous dit "je travaille moi" !

Justement il travaille, il est payé pour être là. Le touriste, lui, il paye pour être là.

Un bateau de location coûte entre 600 et 1200€ par jour pour environ 6 heures de navigation par jour soit 100 à 200€ l'heure de navigation. Alors une heure de perdue ce n'est pas rien.

Qu'on se le dise !

Voyons avec les bateaux hôtel.

Bateaux hôtels et autres bateaux à touristes d'ailleurs ...

Ces bateaux professionnels bénéficient d'un traitement particulier sur les voies d'eau intérieures, ce sont des Seigneurs !

Leur statut est quelque peu usurpé, ils n'ont rien à voir avec les Seigneurs du fleuve qu'étaient les bateaux de commerce qui transportaient des marchandises et qui faisaient vivre le canal ainsi que ses environs.

Eux, leur marchandise ce sont des touristes, ni plus ni moins que les bateaux loués par les touristes eux-mêmes.

Ce qui me contrarie ce n'est pas de leur laisser la priorité sur la voie d'eau. Ca c'est une règle de conduite absolue, "priorité au moins manœuvrant". Y'a pas photo.

Ce qui me contrarie c'est que les collectivités locales, pensant sans doute qu'ils vont leur apporter des chalands alors que tout est fait à bord pour qu'ils n'aient besoin de rien d'autre, les collectivités donc leur réservent des emplacements de choix là où les places restant aux plaisanciers sont souvent pitoyables, sans bollards où anneaux pour s'amarrer, sans berge propre.

Ces quais "réservés péniches hôtel" pourraient au moins n'être que "priorité aux péniches hôtel" sachant que lorsque la péniche en question navigue le quai est disponible ce qui représente largement plus que 50% du temps en saison.

Les plaisanciers, eux, ne font pas que laisser leurs poubelles, ils vont faire leurs courses dans les villages, visitent les musées locaux, apportent l'animation quotidienne en saison.

Que l'on facilite le stationnement de ces bateaux difficiles à manoeuvrer c'est une nécessité, mais de là à réserver un peu partour de telles longueurs de quai (50m pour un bateau de 38) c'est un peu excessif.

Sur le trajet que je viens de faire entre Migennes et St Rémy près de Montbard, il y une péniche hôtel qui circule, une seule. Elle bénéficie de zones de stationnement comme :

  • Un quai réservé à Ancy le Franc, ici le reste de la berge, non aménagée, permet aux plaisanciers de stationner aux piquets.
  • Un quai réservé à Tanlay sur la presque totalité de l'espace où il est possible d'accoster, les plaisanciers s'entassent aux deux extrémités.

Je n'ai pas tout noté mais ce bateau est basé à Ravières et propose une croisière jusqu'à St Florentin, cela veut dire que  les quais sont inutilisés six jours sur sept et c'est un peu gâché. Cela n'empêche pas le bateau de stationner en travers du chenal lorsqu'il désire s'arrêter en pleine nature comme ici vers Flogny, juste après un pont, le cul à 3 mètres de la rive pour ne pas s'ensabler.

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Stationnement ridicule juste à la sortie de l'étroiture d'un pont...

Le plus grotesque que j'ai pu voir est un ponton sur le Lot, ponton sensé mettre à disposition une pompe de vidange des eaux noires. Mais ... ce ponton était réservé aux bateaux promenade aussi lorsque vous arriviez le soir, les bateaux étaient à quai et vous ne pouviez pas faire la vidange.

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Bouziès.

Entendons-nous bien, je ne fais pas ici le procès des bateaux à touriste, on ne peut leur reprocher de profité des facilités qui leur sont offertes; je veux juste interpeller les collectivités territoriales sur l'usage qu'elles font du bien public que représentent les zones d'accostage. Cet usage n'est pas toujours réglementé avec intelligence et équité.

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Voila pour ces petites mises au point, encore une fois, c'est sans rancune.

PhB

(*) Sorte de transmission en "Z" orientable sur 180° ou 360° qui donne au bateau une manœuvrabilité diabolique et cela sans safran.

(**) Lors de la réhabilitation, le tirant d'eau garanti a parfois été réduit.